Le candidat républicain à la présidence américaine, Donald Trump, a suscité une vive controverse en accusant sa nouvelle rivale, la vice-présidente Kamala Harris, d'être «devenue noire» dans un but électoral. Cette déclaration a été faite mercredi lors d'un échange houleux avec trois journalistes afro-américaines à Chicago, dans le cadre d'un événement organisé par l'Association nationale des journalistes noirs.
«Tout d'un coup, elle a changé», a affirmé Trump. «Elle était indienne à fond et, tout d'un coup, elle a changé et elle est devenue une personne noire.» Ces propos ont immédiatement été condamnés par la porte-parole de la Maison Blanche, Karine Jean-Pierre, qui les a qualifiés d'«insultants». «Personne n'a le droit de dire à quelqu'un comment il s'identifie», a-t-elle déclaré.
Contexte familial et identité de Kamala Harris
Kamala Harris, née en 1964 à Oakland, en Californie, est la fille d'un père jamaïcain, Donald Harris, professeur d'économie, et d'une mère indienne, Shyamala Gopalan, chercheuse en cancérologie. Élevée dans une culture métissée, elle a toujours revendiqué ses racines multiples. Lors de son élection au Sénat en 2016, elle était la deuxième femme noire à siéger dans cette chambre. En 2020, Joe Biden l'a choisie comme colistière, faisant d'elle la première femme noire et la première personne d'origine sud-asiatique à occuper la vice-présidence des États-Unis. Elle se définit elle-même comme une «femme noire» et a souvent évoqué l'importance de sa double héritage dans son parcours politique.
Les attaques de Trump sur son identité raciale s'inscrivent dans une stratégie plus large visant à déstabiliser l'adversaire. Depuis le retrait surprise de Joe Biden de la course à la présidentielle, il y a une dizaine de jours, Trump a dû revoir entièrement sa campagne. Il comptait initialement axer ses attaques sur l'âge et la santé du président sortant, qu'il présentait comme un «vieillard sénile». Mais l'arrivée de Kamala Harris, 18 ans sa cadette, l'oblige à trouver de nouveaux angles d'attaque.
Un historique de déclarations controversées
Donald Trump n'en est pas à sa première polémique liée à la race. En 2019, il avait déjà demandé à des élues démocrates de couleur de «retourner dans leurs pays», provoquant l'indignation. Plus récemment, il a accusé Harris de vouloir «exécuter des bébés» en raison de ses positions pro-avortement, une affirmation sans fondement. Lors de l'échange à Chicago, il a également affirmé être le «meilleur président pour la population noire depuis Abraham Lincoln», artisan de l'abolition de l'esclavage, une déclaration jugée provocatrice par de nombreux observateurs.
Les sobriquets moqueurs que Trump affectionne ne sont pas en reste. Il hésite encore entre «Kamala la menteuse», «l'hilare» ou «la folle» pour qualifier sa rivale. Cette stratégie de dénigrement personnel rappelle celle utilisée contre Hillary Clinton en 2016 («Crooked Hillary») ou contre Joe Biden («Sleepy Joe»).
La campagne chamboulée et les nouveaux enjeux
La campagne présidentielle américaine de 2024 est marquée par des rebondissements imprévus. Après la tentative d'assassinat contre Trump en Pennsylvanie mi-juillet, l'ancien président a dû adapter son discours. Il tiendra un meeting en Pennsylvanie mercredi soir, puis se rendra en Géorgie samedi aux côtés de son colistier, le sénateur J.D. Vance. Ce dernier, choisi pour séduire les électeurs conservateurs, est lui-même au cœur de nouvelles polémiques.
J.D. Vance, auteur à succès et élu de l'Ohio, a vu sa cote de popularité dégringoler après la résurgence de vidéos où il se moque des «femmes à chats malheureuses», en référence aux personnes sans partenaire ou enfant. Il a également qualifié l'entrée de Kamala Harris dans la course de «sucker punch» (coup de massue) pour les Républicains, une expression qui a suscité des critiques. Ces gaffes successives compliquent la tâche de Trump, qui espérait que son colistier renforcerait son assise électorale.
La réponse de Kamala Harris et les soutiens
Kamala Harris, de son côté, poursuit sa tournée dans les États clés : Wisconsin, Géorgie, Indiana, et mercredi soir à Houston, au Texas, où elle s'exprimera devant des étudiantes afro-américaines. Elle a également reçu le soutien du puissant syndicat des ouvriers de l'automobile (UAW), un atout important pour mobiliser les électeurs ouvriers. Interrogée sur les accusations de Trump, elle a choisi de ne pas répondre directement, laissant ses porte-parole dénoncer des «attaques racistes». Sa campagne mise sur une stratégie de rassemblement autour de ses propositions économiques et sociales.
Les commentaires de Trump sur la couleur de peau de Harris ont relancé le débat sur l'identité raciale en politique américaine. De nombreux experts estiment que ces attaques pourraient se retourner contre lui, en mobilisant l'électorat noir et les progressistes. Cependant, son socle électoral républicain reste fidèle, et la campagne s'annonce serrée à moins de 100 jours du scrutin.
Outre les questions raciales, Trump continue de marteler des thèmes comme l'immigration clandestine, l'inflation et la sécurité. Il a récemment accusé Harris d'être trop faible pour faire face aux dirigeants mondiaux, une critique récurrente de sa part. La vice-présidente, ancienne procureure de Californie et sénatrice, mène une campagne énergique, tentant de capitaliser sur l'enthousiasme des démocrates après le retrait de Biden.
Les prochains jours seront décisifs : le débat prévu en septembre pourrait être un moment charnière. En attendant, les deux camps s'activent dans les États indécis, où le moindre point de pourcentage peut faire la différence. La polémique sur l'identité raciale de Harris n'est que le dernier épisode d'une campagne déjà riche en rebondissements.
Source: bluewin.ch News