Dès le 1er avril 2028, le Royaume-Uni franchira une étape décisive dans la fiscalité automobile. Les véhicules électriques et hybrides rechargeables seront soumis à une nouvelle taxe kilométrique, l’Electric Vehicle Excise Duty (eVED). Cette mesure, annoncée dans le cadre du budget britannique, vise à compenser la chute des recettes liées aux carburants fossiles. Le gouvernement espère collecter chaque année entre 1,1 et 1,9 milliard de livres sterling, un montant indispensable face au déficit public de 5,4 % du PIB.
Le Trésor britannique encaisse aujourd'hui près de 24 milliards de livres sterling par an grâce à la fiscalité sur les carburants. Cette manne historique est menacée par l'électrification progressive du parc automobile. Le gouvernement travailliste de Keir Starmer prévoit d'interdire la vente de véhicules thermiques neufs à partir de 2035. D'ici 2050, les recettes issues de l'essence et du diesel pourraient tout simplement disparaître. Pour éviter un trou budgétaire massif, l'exécutif a décidé d'anticiper plutôt que de subir.
Le raisonnement est simple : un véhicule électrique circule sur les mêmes routes, use le bitume et contribue aux embouteillages, mais n'acquitte aucune taxe carburant. Comme le rappelle le gouvernement : « Tous les véhicules contribuent aux embouteillages et à l'usure des routes, mais les conducteurs de véhicules à essence et diesel s'acquittent d'une taxe sur les carburants à la pompe afin d'apporter leur juste contribution. En revanche, les conducteurs de véhicules électriques ne paient actuellement aucune taxe équivalente basée sur l'utilisation. » Déjà 5,6 millions de véhicules électriques et hybrides rechargeables circulent outre-Manche, selon les données officielles, sans participer à l'entretien des infrastructures routières.
Un déficit public de 5,4 % du PIB
Le contexte budgétaire impose une action rapide. En 2025, le déficit public britannique atteint 5,4 % du PIB et la dette publique grimpe à 94 % du produit intérieur brut. Rachel Reeves, alors chancelière de l'Échiquier, a dévoilé cette proposition en novembre 2025. Aujourd'hui, Andy Burnham supervise sa mise en œuvre. Le gouvernement présente l'eVED comme un dispositif pérenne destiné à compenser durablement le manque à gagner.
Toutefois, l'Office for Budget Responsibility (OBR), l'organisme indépendant de prévision budgétaire, nuance l'enthousiasme. Selon ses calculs, la taxe pourrait réduire les ventes de voitures électriques de 120 000 unités entre 2025 et 2031, soit environ 2 % des volumes prévus. C'est un paradoxe : la mesure censée financer la transition risque de freiner l'adoption des véhicules propres.
Architecture de l'eVED : barème, recettes et collecte
Barème tarifaire
La taxation est proportionnelle à l'usage. Les véhicules 100 % électriques paieront 3 pence par mile, soit environ 2,2 centimes d'euro par kilomètre. Les hybrides rechargeables bénéficient d'un tarif réduit de moitié : 1,5 pence par mile, soit 1,2 centime d'euro par kilomètre. Ce choix tarifaire reflète une moindre dépendance à la recharge électrique et une consommation d'essence résiduelle.
Certaines catégories échappent au dispositif. Les utilitaires électriques ne seront pas imposés, tout comme les flottes professionnelles, qui relèveront de règles spécifiques. Les loueurs et les sociétés de leasing feront également l'objet de mesures particulières, même si les détails techniques n'ont pas encore été publiés. Cette exemption vise à ne pas pénaliser les entreprises qui électrifient rapidement leur parc.
Projections de recettes
Le calendrier de montée en charge est précis. Pour la première année fiscale complète, 2028-2029, le Trésor table sur 1,1 milliard de livres. En 2029-2030, cette somme passerait à 1,4 milliard, puis à 1,9 milliard en 2030-2031. Cette progression suit l'augmentation attendue du parc électrique britannique. Mais l'OBR met en garde : en taxant la voiture électrique
Source: MSN News