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Pourquoi la victoire de l'AfD lors des élections en Saxe-Anhalt est un séisme politique en Allemagne

Sep 07, 2026  Twila Rosenbaum  65 views
Pourquoi la victoire de l'AfD lors des élections en Saxe-Anhalt est un séisme politique en Allemagne

Le 6 septembre 2026, l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) a fait trembler le système politique allemand. Le parti d'extrême droite est arrivé largement en tête des élections régionales en Saxe-Anhalt, avec 43,8 % des voix. La CDU du chancelier Friedrich Merz plafonne à 17,2 %, soit un écart de plus de vingt-six points. Derrière, le SPD recueille 9,3 %, les Verts 8,9 %, Die Linke 8,6 % et l'Alliance Sahra Wagenknecht (BSW) 5,3 %, juste au-dessus du seuil des 5 % requis pour entrer au Parlement régional.

Ce score surprend par son ampleur. Lors des précédentes élections régionales dans ce même Land, l'AfD avait obtenu un peu moins de 23 %. En cinq ans, elle a presque doublé son résultat. Pour une spécialiste de l'extrême droite allemande, ce scrutin constitue « un bouleversement majeur ». Il place la formation radicale au-dessus des forces politiques traditionnelles et bouscule l'idée selon laquelle l'extrême droite resterait un phénomène marginal en Allemagne.

Cette victoire est d'autant plus remarquée qu'elle intervient soixante et un ans après la loi fondamentale de 1949 et dans un pays où la mémoire du nazisme a longtemps rendu impensable une telle dynamique électorale. Jamais, depuis 1945, un parti d'extrême droite n'était arrivé en tête d'un scrutin régional avec un écart aussi important. L'événement est donc perçu comme un séisme politique au-delà des frontières de la Saxe-Anhalt.

Ulrich Siegmund, un visage neuf au service d'une ligne radicale

Ce succès ne s'est pas construit en quelques semaines. À la tête de la liste AfD, Ulrich Siegmund, 35 ans, s'est imposé comme une figure populaire, notamment auprès des électeurs qui se disent las des partis installés. Télégénique, souriant, il a multiplié les déplacements et les meetings dans ce Land de 2,2 millions d'habitants. Ses équipes ont mené un travail de terrain minutieux : porte-à-porte, réunions publiques, vidéos en ligne et présence active sur les réseaux sociaux. L'objectif était clair : incarner une alternative crédible à la coalition fédérale et à une CDU jugée usée.

Le programme présenté par Ulrich Siegmund ne cache pas ses priorités. Il promet de mettre fin au « déclin » de l'Allemagne de l'Est, en particulier dans les territoires ruraux où le sentiment d'abandon reste fort. Les réfugiés, les politiques d'accueil et les minorités sexuelles constituent des cibles récurrentes. Le parti promet aussi un durcissement des règles de sécurité et une défense d'une « culture allemande » supposée menacée. Ces thèmes ont trouvé un écho important dans une partie de l'électorat, comme l'ont montré les enquêtes menées avant le scrutin.

Si l'AfD devait gouverner, elle disposerait d'une marge de manœuvre réelle dans les domaines éducatif et culturel, dont les Länder sont responsables. Cette perspective inquiète d'autant plus que le parti a radicalisé son discours au fil des années, en multipliant les attaques contre les médias, les intellectuels et les institutions culturelles. Pour ses partisans, cette radicalité est justement une preuve d'authenticité, loin d'un système politique perçu comme déconnecté.

Un vote ancré dans le sentiment de déclassement

Le score de l'AfD en Saxe-Anhalt ne se comprend pas sans le contexte économique et social de la région. Comme de nombreux territoires de l'ancienne RDA, la Saxe-Anhalt a connu depuis la réunification des difficultés persistantes : départ des jeunes actifs, vieillissement de la population, salaires souvent inférieurs à la moyenne nationale et fermeture de services publics dans les zones rurales. Même si certains indicateurs se sont améliorés, le sentiment de relégation demeure vivace.

Ce terreau nourrit la défiance envers les partis traditionnels. La région a aussi été marquée par les flux migratoires de la mi-2010 et par un sentiment d'insécurité régulièrement amplifié par les discours de l'extrême droite. Les débats sur les mesures sanitaires et les vaccins ont ensuite renforcé une partie de la contestation politique. L'AfD a su capter ces mécontentements en se présentant comme la seule force capable de défendre les « oubliés » de la transition économique.

Il serait toutefois réducteur de ne voir dans cette victoire qu'un simple vote de colère. Plusieurs études de terrain montrent que la majorité des électeurs de l'AfD disent vouloir exprimer leur insatisfaction à l'égard du gouvernement fédéral. Mais une part croissante de l'électorat adhère désormais au projet politique du parti, y compris dans ses aspects les plus radicaux. Cette évolution est jugée préoccupante par les autres formations, car elle rend plus difficile un simple retournement de tendance.

Friedrich Merz pris en étau

Cette défaite intervient dans un contexte difficile pour le chancelier conservateur. Friedrich Merz dirige le gouvernement fédéral depuis mai 2025. Son bilan est jugé sévèrement par une partie de l'opinion. Selon un sondage réalisé en juillet, seuls 16 % des Allemands avaient une opinion positive de leur chancelier. Ce chiffre illustre la faiblesse de sa popularité et explique en partie la dynamique de l'AfD.

Dès 2018, Friedrich Merz avait promis de réduire de moitié le score de l'extrême droite. Le résultat de Saxe-Anhalt, où la CDU est distancée de vingt-six points, montre l'échec de cette stratégie. Plus il est au pouvoir, plus l'AfD progresse, constatent les analystes. Sa stratégie droitière, destinée à reconquérir les électeurs déçus, ne produit pas les effets escomptés. Au contraire, elle contribue à normaliser des thèmes portés par l'extrême droite et à placer la discussion politique sur son terrain.

Le chancelier est d'autant plus affaibli qu'il ne fait pas l'unanimité au sein de sa propre majorité. Des voix s'élèvent à la CDU et au SPD pour réclamer un changement de cap. Certains vont jusqu'à évoquer un remplacement à la tête du gouvernement, même si une telle issue reste difficile à mettre en œuvre. Le chef de file de la CDU dans le Land a immédiatement reconnu une défaite « amère » et appelé à une réflexion collective.

Le Parti social-démocrate est également touché. Ancien parti dominant en Allemagne, le SPD ne cesse de reculer dans les enquêtes d'opinion. L'électorat de l'est, jadis en partie lié à la gauche sociale-démocrate, s'en détourne massivement. La montée de l'AfD se fait en grande partie à ses dépens, comme en témoigne son score limité à 9,3 % en Saxe-Anhalt.

Une radicalisation devenue modèle

Le résultat de la Saxe-Anhalt est observé de près par les cadres de l'AfD au niveau fédéral. Le parti est donné autour de 28 % des intentions de vote pour les prochaines élections fédérales. Il espère transformer cette dynamique régionale en tremplin national. Les prochaines élections régionales, prévues le 20 septembre en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, constitueront un premier test. L'AfD y est créditée d'environ 35 % des voix.

Pour les politologues, la Saxe-Anhalt sert de laboratoire électoral. La méthode de campagne d'Ulrich Siegmund, fondée sur une présence intensive, l'utilisation des réseaux sociaux et un discours identitaire assumé, sera sans doute reproduite ailleurs. Le résultat montre en tout cas qu'une plateforme politique très radicale n'est pas rédhibitoire aux yeux d'une large partie des électeurs.

Cette situation distingue l'AfD de nombreux partis d'extrême droite européens qui tentent de lisser leur image pour élargir leur audience. Une chercheuse résume ainsi le paradoxe : « L'AfD a ré


Source: franceinfo News


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