News Daily Nation Digital News & Media Platform

collapse
Home / Daily News Analysis / Pourquoi il faut lâcher la grappe à Olivia Rodrigo sur ses robes « de bébé »

Pourquoi il faut lâcher la grappe à Olivia Rodrigo sur ses robes « de bébé »

May 16, 2026  Twila Rosenbaum  42 views
Pourquoi il faut lâcher la grappe à Olivia Rodrigo sur ses robes « de bébé »

Olivia Rodrigo, ceci. Olivia Rodrigo, cela. Gnagnagna. Depuis qu'elle s'est produite, ce samedi 9 mai, à Barcelone dans le cadre de son « Billions Club » – un programme live de Spotify visant à mettre en avant ses artistes les plus écoutés – la chanteuse ne s'est pas attiré que des louanges. La raison ? Son apparence vestimentaire.

« Est-ce qu'Olivia Rodrigo peut s'habiller comme une pop star normale, et arrêter de vouloir ressembler à un bébé ? » s'agace une internaute sur X. Malgré l'absence totale de provocation ou de suggestion sexuelle, un autre écrit : « Il faut qu'on parle de cette tendance bizarre qu'ont certaines pop stars très sexualisées à se vêtir comme des petites filles. » L'objet du délit : sa robe à motifs fleuris. Les manches sont courtes. La coupe, aussi. Elle s'arrête juste au-dessus des cuisses de l'artiste. Un modèle somme tout classique de « babydoll dress », qu'Olivia Rodrigo avait accompagné, ce soir-là, d'une imposante paire de bottes en cuir noir de la marque Dr Martens, lui arrivant aux genoux.

Le look fait directement écho à l'esthétique gentiment punk de la promo de son nouveau disque You Seem Pretty Sad for a Girl So in Love, comme ont déjà pu en témoigner la photo d'elle en couverture dudit album ou la nuisette qu'elle arborait en arpentant le château de Versailles dans le clip de son single drop dead. Un clin d'œil de sa réalisatrice Petra Collins (dont le travail est synonyme de féminité fantaisiste et surréaliste) au sens des paroles. « Un soir, je m'ennuyais dans mon lit et je t'ai traqué sur Internet. C'est l'intuition féminine, parce que j'ai toujours eu une vision de nous deux debout comme ça », y chante Olivia Rodrigo avec malice. Dernièrement, cette dernière a confié au British Vogue être envahie de tenues similaires « et de décolletés des années 1970 » sur Pinterest. « Je veux que tout soit ludique et décontracté », y raconte la chanteuse, grande amatrice de pièces vintage qu'elle chine à l'étranger en compagnie de ses stylistes, Chloe et Chenelle Delgadillo.

Aux origines de la robe « babydoll »

La « babydoll » qu'elle portait, ce samedi, en fait peut-être partie. Qu'on soit clair : elle n'a de lien avec un quelconque nourrisson que son nom. Si le terme semble être apparu pour la première fois dans un roman d'Avery Abbott au début du siècle dernier, les silhouettes d'Olivia Rodrigo trouvent, elles, leur origine dans les créations de l'Américaine Sylvia Pedlar, en 1942. D'après un article du magazine Marie Claire, leur longueur (osée pour l'époque) n'avait rien d'anodin. Il s'agissait en réalité d'une réponse pragmatique à un arrêté général pendant la Seconde Guerre mondiale, qui imposait une réduction de 15 % de la quantité de tissu utilisé pour les vêtements féminins de l'autre côté de l'Atlantique. Cette contrainte a donné naissance à une mode audacieuse, où les jupes raccourcissaient et les tissus économisaient – une révolution silencieuse dans l'industrie textile.

Des années plus tard, en 1958, le concept a été repris en Europe, chez l'un des stylistes espagnols les plus courus de son temps : Cristóbal Balenciaga. Il en a fait une collection, dont les tenues ont ensuite été aperçues sur le dos de bien des stars, dont la mannequin Twiggy ou Brigitte Bardot, feu sex-symbol clivant. Sorte de pied de nez aux jupes « conservatrices » en dessous des genoux qui dominaient l'industrie de la mode dans les années 1960, la robe « babydoll » s'est par la suite trouvé un nouvel élan de rébellion chez les amatrices de grunge et de rock dans les années 1990, sous l'impulsion de plusieurs autres icônes, dont Courtney Love et Kim Gordon. Ces artistes ont fait de ce vêtement un symbole de résistance contre les normes de genre et les attentes vestimentaires imposées aux femmes.

Pourtant, la critique moderne semble oublier cette histoire riche et complexe. Aujourd'hui, des créateurs comme Miu-Miu, Anne Demeulemeester, Chloé et plusieurs autres grandes maisons l'ont récemment remise au goût du jour. « Ce qui nous ramène à aujourd'hui », soulève une journaliste dans son article pour l'édition américaine de Cosmopolitan. Son titre : « C'est vous qui êtes en train de sexualiser Olivia Rodrigo dans sa robe babydoll ». Elle précise : « À une époque où l'on continue de faire face aux répercussions de l'affaire Jeffrey Epstein et où l'on prend davantage conscience de la manière dont les jeunes femmes ont été surveillées, manipulées, objectivées et maltraitées, l'envie de remettre en question tout ce qui s'apparente à la “condition de jeune fille” est compréhensible. » D'après elle, la vraie question n'est pas de savoir si lorsque la chanteuse porte une nuisette avec un petit nœud ou des volants, cela invite à la sexualisation. Mais plutôt : pourquoi continuer à sexualiser ces mêmes vêtements ? « Car en réalité, en 2026, le look babydoll relève moins de l'infantilisation que d'une réappropriation », écrit-elle.

Dans un autre registre, Sabrina Carpenter s'en amuse, elle aussi. Idem pour Ariana Grande ou Kacey Musgraves. Un revival joyeux, dont la mauvaise interprétation des pourfendeurs les pousse bien souvent à s'en prendre tristement à la même cible, les femmes – qui plus est jeunes – de l'industrie de la musique et du divertissement. Ce phénomène n'est pas nouveau : des décennies avant Olivia Rodrigo, des artistes comme Madonna, Britney Spears ou Christina Aguilera ont subi des critiques similaires sur leurs choix vestimentaires, souvent perçus comme trop provocateurs ou trop enfantins, sans jamais trouver le juste milieu. La société impose aux femmes une dichotomie impossible : être sexy mais pas trop, jeune mais mature, désirable mais respectée.

Olivia Rodrigo, à seulement 22 ans (en 2026), est déjà l'une des voix les plus influentes de sa génération. Avec son premier album Sour, elle a conquis le monde avec des chansons sur les peines de cœur et la colère adolescente, tandis que son deuxième album Guts a exploré des thèmes plus adultes comme la célébrité et l'anxiété. Son troisième opus, You Seem Pretty Sad for a Girl So in Love, promet de continuer cette évolution. Pourtant, dès qu'elle ose porter une robe qui ne correspond pas aux attentes standardisées de la « pop star normale », les critiques fusent. On reproche à son style d'être « trop enfantin », alors même que le vêtement en question a une histoire de rébellion et d'émancipation féminine.

Il est important de rappeler que la mode est un langage, et que chaque choix vestimentaire est une déclaration. Olivia Rodrigo, en adoptant la babydoll, ne cherche pas à ressembler à un bébé, mais à s'approprier un symbole chargé d'histoire, à le détourner et à le réinventer pour ses propres fins artistiques. Ses stylistes, Chloe et Chenelle Delgadillo, sont réputées pour leur travail de recherche dans les archives vintage, dénichant des pièces uniques qui racontent des histoires. La robe de Barcelone pourrait très bien être un hommage aux héroïnes du grunge des années 90, ou une référence aux couvertures de magazines des années 60. Mais au lieu de voir cette richesse, beaucoup préfèrent réduire la chanteuse à une image simpliste de « bébé ».

La polémique révèle aussi un double standard flagrant : quand des stars masculines comme Pete Davidson ou Harry Styles portent des vêtements androgynes ou des coupes amples, ils sont encensés pour leur modernité. Mais quand une femme comme Olivia Rodrigo choisit une robe courte et fleurie, on la traite d'infantile. Cette asymétrie de jugement est profondément ancrée dans notre culture, et elle mérite d'être déconstruite. La prochaine fois que vous verrez une pop star dans une robe babydoll, demandez-vous pourquoi votre premier réflexe est de la sexualiser ou de la critiquer, plutôt que d'apprécier la liberté d'expression stylistique.

En fin de compte, l'art et la mode sont des terrains de jeu. Olivia Rodrigo, comme ses pairs, mérite la liberté de s'habiller comme elle l'entend, sans être accusée d'encourager la pédophilie ou de régresser. Laissons tomber les jugements hâtifs et célébrons plutôt la diversité des expressions féminines dans l'industrie musicale. Après tout, si Madonna a pu porter des corsets coniques et des robes de mariée en latex sans être réduite à un stéréotype, pourquoi Olivia Rodrigo ne pourrait-elle pas porter une simple robe fleurie sans se faire traiter de bébé ?


Source: Yahoo News News


Share:

Your experience on this site will be improved by allowing cookies Cookie Policy