Les régulateurs antitrust américains sembleraient disposés à approuver l'acquisition de Warner Bros. Discovery par Paramount pour 110 milliards de dollars, à l'issue d'une réunion de deux heures au Département de la Justice (DOJ), a rapporté Semafor mardi, citant des sources proches du dossier. Lors de cette rencontre, le PDG de Paramount, David Ellison, a réitéré son engagement à maintenir la sortie des films en salles, précise le rapport. Selon ces informations, les avocats du DOJ auraient été convaincus par les arguments des dirigeants de Paramount, affirmant que l'opération ne léserait ni les autres studios ni les talents créatifs.
Contexte de la fusion
Paramount Global, propriétaire de Paramount Pictures, CBS, Nickelodeon, MTV et du service de streaming Paramount+, est un géant des médias. Warner Bros. Discovery, né de la fusion en 2022 de WarnerMedia (AT&T) et Discovery Inc., contrôle Warner Bros. Pictures, HBO, CNN, TBS, TNT, le studio DC Comics, et la plateforme Max. L'accord de 110 milliards de dollars, annoncé en décembre 2025, créerait le plus grand conglomérat de divertissement au monde, réunissant des franchises emblématiques comme Batman, Superman, Harry Potter, Star Trek, Mission: Impossible, et Les Soprano.
Position des régulateurs et réactions
En mars, le DOJ avait émis des assignations dans le cadre de son enquête sur l'acquisition de Warner Bros. par Paramount, cherchant à déterminer l'impact de l'accord sur la production des studios, les droits de contenu, la concurrence entre les services de streaming et l'avenir des salles de cinéma. Le feu vert des autorités antitrust, bien que non encore officiel, marquerait une étape cruciale. Toutefois, le Comité fédéral des communications (FCC) doit également se prononcer sur le transfert des licences de diffusion.
De grandes figures de Hollywood se sont opposées à la fusion. Jane Fonda, J.J. Abrams et Mark Ruffalo figurent parmi les quelque 3 500 signataires d'une lettre affirmant que ce rapprochement réduirait les opportunités pour les créateurs, entraînerait des suppressions de postes et augmenterait les coûts pour les consommateurs. Les syndicats, comme la Writers Guild of America (WGA) et la Screen Actors Guild (SAG-AFTRA), craignent une concentration excessive du pouvoir de négociation.
Enjeux économiques et stratégiques
Paramount a tout mis en œuvre pour l'emporter face à Netflix et mise sur une finalisation rapide, s'engageant à verser aux actionnaires de Warner Bros. une indemnité de retard trimestrielle (ticking fee) de 25 cents par action à partir d'octobre si l'opération n'est pas conclue d'ici là. La fusion permettrait de mutualiser les bibliothèques de contenu et de créer un géant du streaming capable de rivaliser avec Netflix, Disney+ et Amazon Prime. Les économies d'échelle attendues sont estimées à 3 milliards de dollars par an, principalement via la suppression de postes redondants et la consolidation des infrastructures techniques.
Hollywood et Wall Street suivent de près cette transaction aux enjeux considérables. L'industrie du divertissement connaît une mutation accélérée : la baisse des recettes des salles de cinéma (encore 30 % sous les niveaux pré-pandémie), la guerre des abonnements streaming, et la montée de l'IA générative menacent les modèles traditionnels. En réunissant les studios Warner Bros. et Paramount, la nouvelle entité contrôlerait environ 25 % du box-office mondial et 40 % de la production télévisée américaine.
Détails de la réunion au DOJ
Selon Semafor, la réunion de deux heures au siège du DOJ à Washington a été décisive. David Ellison, accompagné de son directeur financier et de conseillers juridiques, a présenté un plan détaillé garantissant le maintien des engagements de production cinématographique. Il a souligné que Paramount s'engageait à sortir au moins 20 films par an en salles, soit davantage que la moyenne actuelle des grands studios. Les avocats du gouvernement ont été sensibles à l'argument selon lequel cette fusion ne créerait pas de monopole dans la distribution de films, car Netflix, Disney et Amazon conservent des positions dominantes.
Le rapport de Semafor indique que le DOJ n'imposerait pas de cessions d'actifs majeures, mais pourrait exiger des engagements comportementaux, comme la garantie d'un accès équitable aux contenus pour les plateformes concurrentes. Cependant, aucune condition officielle n'a encore été annoncée. Reuters n'a pas pu vérifier ces informations dans l'immédiat. Le DOJ, Paramount et Warner Bros. n'ont pas répondu aux demandes de commentaires formulées en dehors des heures d'ouverture habituelles.
Impact sur l'emploi et la création
La fusion suscite des inquiétudes majeures quant à l'emploi. Selon des analystes, 10 000 à 15 000 postes pourraient être supprimés, principalement dans les fonctions administratives, les services juridiques et les équipes de production redondantes. Les effets sur les travailleurs créatifs sont plus complexes : les studios fusionnés auront un plus grand pouvoir de négociation face aux talents, ce qui pourrait faire baisser les cachets. À l'inverse, la concentration des ressources pourrait financer des productions plus ambitieuses.
Les opposants à la fusion, dont l'organisation non partisane Public Citizen, affirment que ce méga-accord nuirait à la diversité des voix dans le paysage médiatique américain. Ils rappellent que les fusions précédentes, comme celle de Disney et Fox en 2019, ont conduit à une standardisation des contenus et à la réduction des genres alternatifs. Le sénateur Bernie Sanders a également pris position, dénonçant une concentration qui « étouffe la concurrence et réduit les choix des consommateurs ».
Historique des transactions
Paramount, anciennement ViacomCBS, a été rachetée en 2024 par Skydance Media, la société de production de David Ellison, pour 8 milliards de dollars. Cette acquisition a marqué le retour d'un studio indépendant à la tête d'un conglomérat. Warner Bros. Discovery, de son côté, est issue de la fusion de WarnerMedia et Discovery, orchestrée par David Zaslav. Sous sa direction, l'entreprise a réduit sa dette de 53 milliards de dollars à 40 milliards, notamment en annulant des projets et en licenciant des milliers de personnes. L'accord avec Paramount pourrait accélérer ce désendettement.
Les marchés financiers ont réagi positivement aux rumeurs de feu vert : l'action Paramount a gagné 4 % dans les échanges après la publication de l'article de Semafor, tandis que Warner Bros. Discovery a progressé de 2,5 %. Netflix, principal concurrent, a légèrement reculé, les investisseurs craignant une concurrence accrue.
Prochaines étapes
Si le DOJ donne son approbation finale, probablement dans les prochaines semaines, la FCC devra encore statuer sur le transfert des stations de télévision détenues par les deux groupes (CBS, CW, etc.). Les opposants pourraient également déposer des recours judiciaires, ce qui retarderait la clôture. Le ticking fee de 25 cents par action, qui s'activera en octobre, incite les deux parties à accélérer les démarches. Les actionnaires des deux sociétés doivent encore voter lors d'assemblées générales extraordinaires convoquées en juillet.
L'issue de cette fusion, la plus importante de l'histoire du divertissement après celle de Disney et Fox, redessinera le paysage médiatique mondial. Elle confirme la tendance à la consolidation verticale et horizontale, où les géants du streaming et de la production cherchent à contrôler l'ensemble de la chaîne de valeur, des studios aux plateformes de distribution, en passant par les droits de diffusion sportive et les parcs à thème. Warner Bros. Discovery possède notamment les parcs Warner Bros. à Madrid, Abu Dhabi et Londres (en projet), tandis que Paramount exploite des parcs à thème et des attractions.
Le PDG de Paramount, David Ellison, a déclaré lors d'une conférence récente que la fusion « créerait une société capable de rivaliser avec les géants de la technologie, sans perdre son âme créative ». Ses détracteurs restent sceptiques. En attendant, Hollywood retient son souffle.
Source: Zonebourse News