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JO 2018 : le choc Ester Ledecka, la grâce Yuzuru Hanyu

Jul 22, 2026  Twila Rosenbaum  57 views
JO 2018 : le choc Ester Ledecka, la grâce Yuzuru Hanyu

Ainsi donc, les snowboardeurs savent aussi skier… Le titre olympique du super-G remporté à la surprise générale par la Tchèque Ester Ledecka devant les stars de la discipline comme l’Américaine Lindsey Vonn va marquer l’histoire, comme le second titre en patinage artistique du Japonais Yuzuru Hanyu, samedi aux Jeux olympiques 2018 de Pyeongchang.

La matinée n’a pas souri à la France, avec aucune médaille tombée dans l’escarcelle tricolore. Les skieuses n’ont pas brillé, toutes entre la 19e place de Romane Miradoli et la 28e place de Tessay Worley, avec Jennifer Piot (20e) et Tiffany Gauthier (22e) intercalées. Le meilleur espoir de récompense était la benjamine de la délégation française, Tess Ledeux, 16 ans. Mais la championne du monde en titre de slopestyle en ski acrobatique est passée à côté de ses premiers Jeux olympiques avec une élimination dès les qualifications. De quoi refuser d’évoquer sa déception devant la presse. « Tess n’a que 16 ans, elle reviendra », aura sans doute été le commentaire de ses proches le plus entendu de la matinée.

L'incroyable parcours d'Ester Ledecka

Le mot clé de cette journée fut « incroyable ». Car c’est bien ce qui s’est produit lors du super-G dames de ces Jeux. Double championne du monde de snowboard (slalom parallèle en 2015 et slalom géant parallèle en 2017) et désormais championne olympique de ski alpin : Ester Ledecka a brisé les barrières en Corée du Sud, à sa plus grande surprise.

Partie avec le dossard 26, et alors que la course s’apprêtait à sacrer de nouveau l’Autrichienne Anna Veith – médaille d’or du super-G à Sotchi il y a quatre ans sous son nom de jeune fille Fenninger – Ledecka est restée de longues secondes immobile dans l’aire d’arrivée, incrédule devant le tableau d’affichage. Pour un centième de seconde, soit l’équivalent de 25 centimètres sur un parcours de 2010 mètres, Ledecka a fait basculer le ski alpin dans une autre dimension.

Le snowboard lui avait jusqu’à présent donné deux titres mondiaux. Le ski alpin la consacre désormais reine des neiges. Et ce n’est peut-être pas fini. Car la Tchèque peut également devenir la grande star de ces JO la semaine prochaine, lorsqu’elle participera au slalom parallèle de snowboard des Jeux. Avec l’étiquette de favorite bien sûr !

Ce n’est qu’en 2015 que la Tchèque, première de son pays à inscrire son nom au palmarès olympique, a débuté sur le circuit de Coupe du monde de ski alpin. Avec jusqu’alors une réussite mesurée : aucun podium avant ce jour de gloire. Pour comprendre l'ampleur de cet exploit, il faut se pencher sur la difficulté de passer du snowboard au ski alpin de haut niveau. Les deux disciplines exigent des sensations et des techniques radicalement différentes – le snowboard privilégie un appui latéral et des virages en carves, tandis que le ski alpin demande une position plus verticale et une répartition du poids asymétrique. Ledecka a su relever ce défi avec une polyvalence rare, s'entraînant souvent à la fois sur les pistes de snowboard et sur les parcours de ski, parfois le même jour. Son aisance naturelle et sa force physique lui ont permis de s'adapter rapidement, mais sa victoire olympique reste un choc pour le monde du ski.

Tout le contraire de la superstar Lindsey Vonn, qui cumule 81 succès en Coupe du monde, mais qui n’a rien pu faire samedi. L’Américaine, qui partait en premier, a réussi un parcours parfait… jusqu’à un écart fatidique qui l’a propulsée hors de la trajectoire ultime. Autant de précieux centièmes perdus qui la privent sans doute du titre, puisqu’elle termine malgré tout 6e à 38 centièmes de Ledecka. Pour Vonn, 33 ans, ces Jeux étaient probablement sa dernière chance de décrocher une médaille d'or olympique en descente ou en super-G. Son palmarès inclut deux médailles de bronze à Vancouver en 2010 (descente et super-G) mais jamais l'or. Sa déception était palpable, mais elle a salué la performance de Ledecka avec classe.

La course fut donc ébouriffante, en témoigne cette statistique : les cinq premières se sont tenues en 16 centièmes. Un mouchoir de poche ! Derrière Ledecka et Veith, la Suissesse Lara Gut a pris le bronze à 8 centièmes, tandis que l'Italienne Sofia Goggia et l'Allemande Viktoria Rebensburg complétaient le top 5. Une densité de performance exceptionnelle qui souligne le niveau élevé du ski alpin féminin en 2018.

La grâce de Yuzuru Hanyu

A 50 km de là, sur la glace de Gangneung, ce sont les mouchoirs tout court qui ont été agités en patinage artistique, où l’émotion était grande de voir le Japonais Yuzuru Hanyu conquérir un nouveau titre olympique après celui de 2014. Deux titres consécutifs dans cette discipline, cela n’avait plus été fait depuis 1952 et l’Américain Dick Button.

L’histoire est d’autant plus belle que Hanyu était arrivé en Corée du Sud sans aucune certitude, amoindri par une blessure à une cheville il y a trois mois. Victime d'une entorse du ligament collatéral tibial en novembre 2017 lors d'une compétition d'entraînement, il avait dû interrompre sa préparation et n'avait patiné que quelques semaines avant les Jeux. Son retour sur la glace olympique relevait déjà d'un exploit médical. Pourtant, lors du programme court, il avait signé une performance quasi parfaite, obtenant 111,68 points et prenant la tête. Dans le programme libre, il a enchaîné les sauts avec une précision et une élégance qui ont ému le public. Son interprétation du « Seimei » – une musique inspirée du film japonais « Le Samouraï du crépuscule » – a été saluée par une standing ovation. Il a obtenu 206,17 points pour son libre, soit un total de 317,85, suffisant pour devancer son compatriote Shoma Uno (argent) et l'Espagnol Javier Fernández (bronze).

Le concours a également été marqué par l’incroyable remontée au classement de la nouvelle pépite du patinage américain Nathan Chen, 18 ans. Alors qu’on pensait ses espoirs de médaille envolés après sa 17e place du programme court complètement raté (il avait chuté à plusieurs reprises), il a produit un programme libre exceptionnel avec six quadruples sauts, qui lui a valu le record du plus haut score technique (127,64 points). Insuffisant toutefois pour rattraper son retard, il termine finalement à la cinquième place. Cette performance a néanmoins montré l'avenir prometteur de Chen, qui deviendrait plus tard champion du monde à plusieurs reprises.

Hanyu, de son côté, a consolidé son statut de légende vivante du patinage. À 23 ans, il comptabilise désormais deux titres olympiques, deux titres mondiaux (2014, 2017) et quatre titres de la finale du Grand Prix. Sa grâce sur la glace, sa capacité à combiner technique de pointe et expression artistique, ainsi que sa résilience face aux blessures, font de lui une icône au Japon et dans le monde entier. Les fans japonais, présents en masse à Gangneung, ont agité des drapeaux et des peluches Winnie l'Ourson (sa mascotte porte-bonheur) en signe d'adoration.

Au total, cette journée du 17 février 2018 aux Jeux de Pyeongchang restera dans les mémoires comme celle où une snowboardeuse a défié les lois du ski alpin et où un samouraï des glaces a écrit une nouvelle page de l'histoire olympique. Les épreuves se poursuivent dans les jours suivants avec notamment le slalom géant parallèle en snowboard où Ester Ledecka tentera de doubler la mise, tandis que Yuzuru Hanyu savourera son titre avant de se tourner vers les championnats du monde.


Source: actu.fr News


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