Donald Trump a encore haussé le ton contre le premier ministre canadien, à la veille d’une nouvelle escalade commerciale entre Washington et Ottawa. Le 6 septembre, vers 19 h, le président américain a publié sur Truth Social une image vraisemblablement générée par intelligence artificielle dans laquelle il apparaît en tenue de hockey aux couleurs des États-Unis et domine Mark Carney, recroquevillé au sol. L’image, ouvertement moqueuse, porte l’inscription « Get up, Governor », soit « Debout, gouverneur ».
La publication ne contient aucun commentaire écrit, mais l’intention est limpide : rabaisser le premier ministre canadien au moment où Ottawa s’apprête à riposter contre les droits de douane imposés par les États-Unis. Le choix du hockey, sport identitaire au Canada, n’est pas non plus anodin. En se mettant en scène en joueur américain dominant un Canadien au sol, M. Trump cherche à transformer un différend commercial en confrontation symbolique.
Une riposte canadienne attendue le 8 septembre
L’attaque du président américain survient à un moment précis de la guerre tarifaire. Le Canada doit imposer, à compter du 8 septembre, des droits de douane allant de 15 % à 50 % sur une liste de produits américains. Ces contre-mesures visent plusieurs secteurs clés de l’économie américaine : l’acier, les produits laitiers, l’électroménager, le matériel agricole, les pâtes et papiers, ainsi que l’électronique.
Selon les informations publiées par le gouvernement canadien, ces tarifs douaniers représentent un peu plus de 27 milliards de dollars en importations en provenance des États-Unis. Il ne s’agit pas d’un geste purement symbolique : les montants en jeu sont considérables et touchent des industries qui, souvent, sont implantées dans des États stratégiques. Les produits laitiers, par exemple, relèvent de secteurs fortement protégés des deux côtés de la frontière. L’acier et l’électronique sont aussi des secteurs sensibles pour l’emploi industriel américain.
Le gouvernement canadien a présenté ces mesures comme une réponse proportionnée aux droits de douane imposés par Washington sur les produits canadiens. Depuis plusieurs mois, l’administration Trump justifie ses tarifs par des préoccupations liées à la sécurité nationale, aux déséquilibres commerciaux et aux flux de marchandises à la frontière. Le Canada, de son côté, répète qu’il s’agit de mesures injustifiées et contraires aux accords commerciaux négociés de longue date.
« Gouverneur », le surnom provocateur de Donald Trump
L’inscription « Get up, Governor » n’est pas neutre. Depuis un certain temps, Donald Trump qualifie Mark Carney de « gouverneur du Canada » plutôt que de « premier ministre ». Ce choix n’est pas accidentel. Il s’inscrit dans la rhétorique que le président américain utilise depuis des mois, lui qui a déjà menacé à plusieurs reprises d’annexer le Canada pour en faire le 51ᵉ État américain.
En utilisant le mot « gouverneur », M. Trump refuse de reconnaître à Mark Carney le statut de chef d’un pays souverain. Pour le président américain, le Canada serait, au mieux, un voisin qui doit céder aux exigences de Washington et, au pire, un territoire que les États-Unis pourraient contrôler. Cette rhétorique annexionniste, bien que souvent jugée provocatrice, a alimenté une onde de choc au Canada. Elle a aussi contribué à un sursaut nationaliste chez une partie de la population canadienne.
Il convient de rappeler que le terme « gouverneur » possède une résonance particulière dans le parcours de Mark Carney. Ancien gouverneur de la Banque du Canada de 2008 à 2013, puis gouverneur de la Banque d’Angleterre de 2013 à 2020, il a passé une grande partie de sa carrière à diriger des banques centrales. Trump transforme ainsi un titre respecté dans le monde de la finance en une étiquette destinée à le rabaisser en l’assimilant à une figure subalterne de l’échiquier politique nord-américain.
Le parcours singulier de Mark Carney
Mark Carney est devenu premier ministre du Canada en mars 2025, après avoir remporté la course à la direction du Parti libéral. Il n’avait jamais exercé de mandat électif avant d’entrer à la tête du gouvernement. Ce parcours atypique a fait de lui une cible facile pour ses adversaires, qui lui reprochent son manque d’expérience politique au moment même où le pays est confronté à la plus grave crise commerciale avec les États-Unis depuis des décennies.
Son expérience de banquier central est néanmoins perçue comme un atout par ceux qui estiment que le Canada a besoin d’un gestionnaire solide pour affronter les turbulences économiques. Pendant la crise financière de 2008 et la crise de la dette en Europe, il a participé aux décisions de politique monétaire, ce qui lui a valu une réputation internationale. Mais dans l’arène politique fédérale, il est confronté à une opposition conservatrice qui l’accuse de vouloir augmenter les impôts et de se plier aux pressions de Washington.
Dans son duel avec Donald Trump, M. Carney tente d’incarner la fermeté. Il a déjà déclaré que le Canada ne reculerait pas devant les menaces américaines et qu’il défendrait ses travailleurs et ses industries. Les annonces tarifaires du 8 septembre font partie de cette stratégie de résistance.
Une guerre commerciale aux conséquences multiples
La guerre tarifaire entre les deux pays a déjà eu des conséquences sur les chaînes d’approvisionnement nord-américaines. De nombreuses entreprises canadiennes et américaines dépendent de produits fabriqués de part et d’autre de la frontière. Les secteurs de l’automobile, de l’aérospatiale, de l’énergie et de l’agriculture sont particulièrement intégrés.
Les droits de douane canadiens, qui visent des produits américains, ne sont donc pas sans risque pour le Canada lui-même. Une taxe sur l’acier américain, par exemple, peut entraîner une hausse des coûts pour les entreprises canadiennes qui achètent de l’acier transformé aux États-Unis. De même, des droits sur l’électronique peuvent affecter les consommateurs canadiens si une partie des produits importés provient de la chaîne d’approvisionnement américaine.
Le gouvernement canadien espère toutefois que les mesures ciblées, combinées à une stratégie de diversification commerciale, permettront de limiter les retombées négatives. Le Canada a annoncé, depuis plusieurs mois, son intention de diversifier ses marchés d’exportation, notamment en Asie et en Europe. Ces efforts sont toutefois longs et coûteux, et ne peuvent pas remplacer du jour au lendemain le voisin américain, qui demeure le premier partenaire commercial du Canada.
Une image virale et un climat politique tendu
La diffusion de l’image générée par intelligence artificielle intervient dans un contexte où les réseaux sociaux occupent une place centrale dans la communication politique. Donald Trump utilise régulièrement Truth Social pour annoncer des décisions, attaquer ses adversaires et tester des messages politiques. Les images générées par IA, souvent satiriques ou provocatrices, font partie de sa stratégie numérique.
Cette publication risque d’envenimer un peu plus les relations entre Ottawa et Washington, déjà mises à rude épreuve par les négociations commerciales. Au Canada, plusieurs élus ont dénoncé le manque de respect du président américain envers un allié historique. La classe politique canadienne, toutefois, évite généralement de riposter sur le même ton, pour ne pas donner à Donald Trump l’occasion d’intensifier sa rhétorique.
Il reste à voir comment le gouvernement canadien réagira publiquement à cette nouvelle insulte. Les précédentes attaques de M. Trump ont souvent été suivies de communiqu
Source: La Presse News