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Cannes 2026. Adèle Exarchopoulos bouleverse la Croisette dans Garance

May 29, 2026  Twila Rosenbaum  36 views
Cannes 2026. Adèle Exarchopoulos bouleverse la Croisette dans Garance

La Croisette a vibré ce matin lors de la projection de Garance, le nouveau film de Jeanne Herry. La cinéaste, déjà remarquée pour sa capacité à traiter de sujets intimes avec justesse, s'attaque ici à l'alcoolisme féminin, un angle souvent négligé au cinéma. Adèle Exarchopoulos, dans le rôle-titre, livre une performance bouleversante qui s'annonce déjà comme l'une des favorites pour la prochaine saison des récompenses.

Le film suit Garance, une comédienne de théâtre talentueuse mais en proie à une addiction sévère à l'alcool. Loin des clichés habituels, Jeanne Herry ancre son récit dans le quotidien : les blackouts, les paroles inappropriées, les retards au travail, la perte progressive de contrôle. La réalisatrice capture avec une acuité rare les mécanismes du déni, cette capacité à se mentir à soi-même tout en conservant une certaine sympathie avec les autres.

L'une des forces de Garance réside dans son écriture elliptique et signifiante. Chaque séquence est un instant clé, un indice de la spirale dans laquelle la jeune femme s'enfonce. La scène où Garance, ayant anticipé les conséquences de son comportement, tente maladroitement de se racheter auprès d'une troupe de théâtre, est un modèle de précision psychologique. La question reste en suspens : ce geste est-il une manipulation ou une réelle tentative d'amendement ?

Adèle Exarchopoulos, déjà habituée des rôles complexes, insuffle une humanité désarmante à son personnage. Elle réussit à rendre Garance à la fois exaspérante et attachante, lucide et aveugle. Sa performance est d'autant plus remarquable qu'elle évite tout misérabilisme. La comédienne porte le film sur ses épaules sans jamais sombrer dans la caricature.

Autre point notable : la représentation de la bisexualité du personnage principal. Dans Garance, l'orientation sexuelle n'est pas un vecteur de drame mais une dimension naturelle de la vie de l'héroïne. Cette approche, encore trop rare au cinéma, normalise une diversité souvent traitée comme un élément central de conflit. Le film s'inscrit ainsi dans une modernité bienvenue.

Jeanne Herry déploie une mise en scène sobre, naturaliste, qui sert avant tout l'histoire et les acteurs. Cette simplicité apparente cache un travail d'orfèvre : le cadrage, la lumière, le son sont au service de l'émotion. Les dialogues, ciselés, portent l'urgence de la franchise, comme dans les meilleures comédies dramatiques.

Le film cite Les Enfants du Paradis pour justifier son titre — « Garance, c'est le nom d'une fleur ! » —, clin d'œil à un cinéma de parole et de passion. Mais Herry ne se contente pas d'une référence ; elle construit son propre univers, celui d'une femme qui doit réapprendre à vivre sans l'alcool. Le parcours de rémission est traité avec délicatesse, sans angélisme ni pathos.

Au-delà du portrait intime, Garance porte un message de santé publique : la banalisation sociale de l'alcool, le poids des lobbys et le rejet criminel de la prévention. Le film interroge sans donner de leçons, laissant le spectateur face à ses propres contradictions. Cette dimension politique, discrète mais présente, ajoute une épaisseur supplémentaire à l'œuvre.

La distribution est impeccable. Sara Giraudeau et Sarajeanne Drillaud apportent une justesse émouvante dans leurs rôles respectifs, créant un entourage crédible et touchant. Les interactions entre les personnages font ressortir les tensions et les solidarités qui entourent l'addiction.

Jeanne Herry avait déjà impressionné avec Je verrai toujours vos visages (2023), qui abordait la justice restaurative. Avec Garance, elle confirme son talent pour filmer les fragilités et les résiliences. Son cinéma est un geste d'amour, une tentative de sauver ses personnages en leur offrant une issue, même incertaine.

Le film a été présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2026, où il a reçu une standing ovation. Les critiques saluent unanimement la performance d'Exarchopoulos et la maîtrise de la mise en scène. Le long-métrage sortira en salles le 23 septembre, porté par l'élan cannois.

L'ambition de Garance est humble mais puissante : montrer que la réalité d'une addiction n'est ni spectaculaire ni misérable, mais une lutte quotidienne. Le film, sans didactisme, parvient à éveiller les consciences tout en offrant un moment de cinéma intense. L'alcoolisme féminin, souvent invisibilisé, trouve ici une représentation juste et nécessaire.

Le Festival de Cannes 2026 offre ainsi un cru remarquable, avec Garance en tête d'affiche. Les prochains jours permettront de voir si la Palme d'or viendra couronner ce portrait poignant. Quoi qu'il en soit, Adèle Exarchopoulos et Jeanne Herry ont marqué de leur empreinte cette 79e édition.


Source: actu.fr News


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